Nouveau projet de D' de Kabal
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Solimour
Solimour


Le 10 avril 2010 à Canal 93 - Bobigny

Mise en scène par D' de Kabal et Mathieu Bauer
Avec D' de Kabal, Didier Firmin, Marc Ducret


Solimour, le récit

Solimour s'ouvre sur le récit d'une situation inattendue : un homme surprend sa femme avec un autre. D' de Kabal y raconte la bascule puis la brèche, ce temps de vertige qui suit l'évènement.

Il y a d'abord le regard de cet homme : un instant il observe ce couple finir de faire l'amour puis sa parole surgit avec un calme inquiétant dans un débordement d'émotions et de mots mêlés. En même temps qu'il lui fait perdre pied, l'événement, en le dépossédant de l'autre aimé, le révèle à lui-même : réminiscence des blessures et des peurs primitives, du « cri de l'enfant » depuis si longtemps étouffé et que l'Amour avait calmé, souvenir de la rencontre et de cet amour essentiel, interrogations vertigineuses - qui suis-je sans cet Autre omniprésent qui partage ma vie, devenu partie de moi-même, cet Autre par qui coule désormais mon sang ? Redécouverte, réévaluation de son être. Les murs tombent, et les questionnements côtoient le néant. Car tout à coup, le sens est perdu. Il va falloir reconstruire, mais comment ?

La parole est portée par l'homme seul.
L'homme a les mots et ce seront les derniers qu'il adressera à sa femme. Après un flot ininterrompu de mots, il choisit de se taire pour toujours : prolonger leur relation malgré tout mais avec le silence comme résolution. Car il refuse de continuer comme avant, avec les mots qui portent en eux la marque du mensonge, de la trahison.
Avec la cruauté du châtiment, puisqu'en punissant l'autre, l'homme se punit lui-même. Le silence est insupportable et assourdissant : enfermant chacun dans une prison mentale, il achève de les tuer doucement ne laissant plus que des corps sans voix.

La femme est présente, sans mots, avec ses gestes et son corps, la danse comme unique moyen d'expression. La mise en scène de Solimour sera construite autour de la confrontation de ces deux paroles blessées véhiculant chacune leur forme idéale pour s'éprouver et se raconter.


Les mots de D' de Kabal


Le Moi et l'Autre

Avec ce texte, D' de Kabal expérimente une nouvelle matière. Dans ses précédentes créations, l'individu témoigne d'une histoire qui le dépasse, qu'il appartienne à l'Histoire (l'esclavage, le monde contemporain), à une culture ou à une classe sociale (la culture hip hop, la « sous France ») ; l'individu suggère quelque chose du collectif et le collectif marque de son poids la trajectoire individuelle. Dans ces créations, la parole de D' de Kabal est résolument politique, au sens premier du terme. Parole dans la cité, parole du multiple, sa posture rejoint celle du « porte-parole », aussi singulière et personnelle soit-elle.
Si dans Solimour, D' de Kabal continue de raconter l'homme blessé, fracturé par les coups de la vie et poursuit sa réflexion sur l'importance de la parole, il déplace son regard pour l'aborder du point de vue de l'intime, du privé et plonger ainsi dans la complexité des sentiments humains.

Dans son exploration des sentiments amoureux, il interroge la relation et pose la question de l'appartenance à l'autre. Jusqu'où peut-elle aller ? Où est la frontière entre le moi et l'autre aimé ? Qui suis-je sans cet autre, constitutif de mon identité ? Comment vivre sans lui ?
A bien des égards, l'autre est celui qui me « civilise », l'autre aimé est précisément celui qui a permis à l'homme d'apprivoiser son être, ses peurs premières et primitives, celui qui a ouvert en lui une voie pour se construire.
Dès lors, comment faire lorsque cet autre nous a trahi ? Quelle punition peut-on s'infliger à soi-même et à l'autre lorsqu'on se sent blessé ? Peut-on s'aimer encore sans échanger le moindre mot ? Peut-on survivre enfin sans la parole ?

Solimour ne raconte pas que la douleur, la rage et la colère d'un individu trahi. C'est avant tout l'amour que l'on entend derrière ses mots, un amour puissant qui lui a permis de respirer et d'être. La complexité des sentiments humains se découvre lorsque l'on s'aperçoit que la beauté de l'amour réside également dans sa noirceur et ses écarts. Ce sont ces contradictions que D' de Kabal cherche à approfondir dans le récit de cet homme.

Il s'agit également pour lui d'explorer cet endroit où les gens fracturés qui côtoient le gouffre arrivent à se trouver malgré tout.


« Ceux qui font l'Amour au Silence parfois enfantent un Poème »

En mettant la langue à l'épreuve de son ressenti, l'homme rejoint tout à coup la préoccupation de l'auteur : comment dire sans trahir ? Comment mettre des mots sur cette vie ? Comme dire l'inexprimable ? Mise en abîme des interrogations du poète...
La parole de l'homme surgit comme un trop plein : « Si tu savais tout ce que j'ai envie de te dire. Ma tête est pleine, ma bouche est saturée, j'ai trop de mots... », trop de mots qui s'efforcent de comprendre et de dire cette vie débordante, contradictoire, insaisissable qui cogne en lui. Brusquement, les mots deviennent vains, trop petits, impossibles à éprouver la richesse et la complexité de ses émotions, impossibles à traduire le caractère inédit de la situation.
L'homme fait l'expérience de cet écart fondamental entre les mots et la vie, de cette implacable convention qu'est le langage. Et cette impossibilité à dire le pousse vers le vide. Les mots ne sont plus que des enveloppes usées : il faut réinventer une langue ou se taire. L'homme choisit de se taire comme châtiment.
Expérience radicale donc. Projet destructeur ? Il n'est pas moins sûr parce qu'à l'origine se trouve un homme qui fait le choix absolu de faire silence pour retrouver le sens des choses. A l'image du poète, cet homme dont le projet déraisonnable est de faire du silence avec la langue pourrait nous faire accéder à l'indicible par une langue revisitée.

« Il faudrait inventer un espace dans lequel les mots ne comptent plus, puisqu'ils sont maladroits (...) Il faudrait que les langues se couchent et s'endorment pour que les voix à nouveau résonnent. Que les sons à nouveau se touchent (...) Ceux qui font l'Amour au Silence, parfois enfantent un Poème» dit l'homme sous la plume de D' de Kabal.

L'expérience est dangereuse et suppose de se reposer des questions depuis longtemps ensevelies : comment continuer quand on découvre la trahison du langage, ce langage qui nous constitue et nous construit, ce langage par lequel s'exercent notre pensée et notre imaginaire, par lequel nous entrons en contact avec l'autre et qui médiatise notre rapport au monde ? Comment continuer si nous réalisons que les mots qui nous façonnent ne sont que des coquilles vides et mortes ?
Et de découvrir des questions sans réponses... Il n'y a pas de sens, c'est nous qui le construisons. Le poète sait cela et fait de cette faiblesse sa « profession de foi ».


La danse de Didier Firmin

Une fois de plus, la danse est au c½ur de cette création. Dans ce spectacle, D' de Kabal poursuit sa recherche sur la capacité du corps à exprimer une réalité et un imaginaire au-delà des mots et avec les mots. Il s'agit de retrouver par le corps et sa danse notre lien sensible et intuitif au monde, nous rappeler qu'avant de nous exprimer avec des mots nous vivons. L'enjeu est de réveiller notre lien primitif avec le végétal ou l'animal par l'expression organique du corps. D' de Kabal a choisi de collaborer à nouveau avec Didier Firmin, danseur sur le spectacle Ecorce de peines, car sa danse dépasse la chorégraphie et possède précisément cette puissance d'un langage sans cesse réinventé, qui en fait un mode d'expression à part entière.

Ce spectacle est né d'un trouble : caché, D' de Kabal a surpris Didier Firmin dans une danse qu'il ne lui connaissait pas, une danse d'une grande féminité pour laquelle D' de Kabal a ressenti malgré le trouble une forte proximité. Ce trouble a enfanté l'idée d'un personnage qui puisse tout à la fois prendre la parole et faire surgir un sens en dehors des mots et donner, de cette manière, une résonance organique et souterraine à l'interaction entre l'homme et la femme.

Comme sur le spectacle Ecorce de peines, Didier Firmin inventera une danse particulière en croisant sa danse de prédilection (la danse debout et la house) au kathakali, danse indienne traditionnelle mêlant tout à la fois drame, danse, musique et rituel. Le kathakali n'est traditionnellement joué que par des hommes qui tiennent aussi les éventuels rôles féminins. Cette danse permettra à Didier Firmin de travailler sur l'androgynie de sa gestuelle, cette frontière trouble où le masculin rencontre le féminin. Il nous sera parfois donné l'impression de voir danser une sorte de Carmen, cette danse possédera une grande majesté.

La danse de Didier Firmin évoluera au cours du spectacle, elle sera en résonance directe avec la réaction de cette femme surprise en plein adultère. La guitare de Marc Ducret accompagnera sa danse et lui donnera ses impulsions.


La guitare de Marc Ducret

La musique jouera un rôle fondamental. Au-delà de la composition musicale, elle possèdera la présence et l'expressivité d'un personnage, jouant tour à tour le rôle de l'amant et celui d'un médiateur/juge arbitre entre l'homme et la femme.
Pour cela, le choix de Marc Ducret est fondamental. Il possède non seulement une capacité d'improvisation et de composition sonore de grand talent et d'une musicalité irréprochable mais également un art du geste incomparable. Sa présence sur le plateau, l'écoute qu'il suscite autour d'une guitare qui devient une véritable partie de son corps explique le désir de D' de Kabal de le mettre véritablement en scène.
Sa musique ne sera pas illustrative et insistera sur les balbutiements : miaulements, bruitages, matière sonore et parfois guitare électrique utilisée en guitare acoustique.

La construction du spectacle

Marc Ducret fera seul l'ouverture et la fermeture de la fable, Didier Firmin se joindra à lui par la suite, les mots n'arriveront que plus tard. Le discours de l'homme fera place à différents types d'adresse : à l'amant musicien, la femme ou à lui-même.
Les solos de D' de Kabal et de Didier Firmin se répondront sans forcément cohabiter. Des espaces émergeront où se fera entendre la parole de la femme seule, sans mots. Ecrit comme un monologue, Solimour sera mis en scène comme un véritable dialogue : pendant que les mots de D' de Kabal seront proférés, Didier Firmin restera en grande partie figé pour ensuite expulser sa réponse dansée alors que les mots se tairont.
La guitare sera ce médiateur accompagnant chaque parole. Elle donnera également la direction et pourra, selon les cas, donner des impulsions à la parole. La matière sonore, balbutiements, miaulements et échappées rythmiques seront comme un thermostat de la situation.
La fin du spectacle se déroulera dans le silence.

L'équipe artistique

D' de Kabal est une figure incontournable de la scène slam française. Il est aussi auteur, comédien et metteur en scène. Il a fondé en 2005 R.I.P.O.S.T.E., compagnie qui mêle entre autres le théâtre à la culture Hip Hop. Il est artiste associé à la Maison des Métallos.
Mathieu Bauer est musicien et metteur en scène des Sentimental Bourreau, compagnie de théâtre musical reconnue en France et à l'étranger.
Didier Firmin est danseur Hip Hop, spécialiste de la danse debout, pionnier de la House Dance en France. Il a déjà collaboré avec D' de Kabal dans le spectacle "Ecorce de Peines".
Marc Ducret est guitariste électrique, et occasionnellement accoustique. Il est reconnu internationalement.

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